Des lèvres qui se taisent













Plus placide, la mémoire
Et plus vieille aussi
De tant d'oubli, des trucs
Des idées, des odeurs
Des trucs
Des bouches qui propulsent avant
Dans les rides creusées par leur sourire
La mémoire, la mémoire
Une pieu au sol 
Et le temps tourne
Plus personne
Plus personne
Des idées, des bruits
Des trucs
Des bribes de frottement
Des crissements
Une présence
Encore
Et moi dedans
Balbutiant aux chants télescopiques
Aux ruines
Guettant le pli des indifférences
En cours
Rien ne s'oublie
Rien ne s'oublie
Une amnésie à l'envers
Et la ligne à suivre pour l'accepter
J'aurai appris l'ampleur
 L'ingratitude sans fond de la mémoire
Déchirée dans l'air et ramassée autour
Autour, guettant
L'instant toujours intact
L'instant surgissant intact
Parfait, parfait 
Et ce qu'on croit en dire
Quand et pourquoi sont raidis par l'usage








Mars 2017






Culture






Je n'ai pas donné à mes sols leur temps de repos
Pas abondé dans la jachère
J'ai labouré
J'ai labouré
Aux interférences
Je n'ai pas laissé leur part de vie secrète
Il n'y a pas eu de renouvellement  des éléments
Pas de travail discret des créatures
La faune acénique a due être déportée
Je n'entends plus son murmure
Je n'entends plus rien

Que le souffle de mon zèle
J'ai labouré
J'ai labouré
Retourné de l'aube au crépuscule mon lopin de fiasco
La nuit veillant
Penchée sur l'éclat des lunes au fond des sillons
C'est un terrain pentu
La fausse route
La terre y est à nu sous les pluies diluviennes
Elle dégorge
Ses entrailles presque palpable sous l'érosion
L'humus s'est décomposé
J'ai perdu jusqu'à l'idée d'ensemencer
Quand les pluies disparaissent
La terre en quelques heures
Se dessèche sous les soleils musqués
Elle craque sous mes doigts
J'ai labouré en fendant sans répit les flancs de cette terre
Toujours identique
Sans rien planter, rien épandre, rien attendre
Dormant peu
Attentive à la marche des instruments aratoires
Qui pourraient me décapiter
Je vois. Je vois 
Que rien ne pousse
Que ce travail de bœuf est vain
Il y manque la main de la semeuse
Sa foi inépuisable en  la persistance

 



 
Mai 2016







 

 

Ma pénurie








Laisser le front chuter
Là où il sera amorti par ton souffle
Me dissiper
Enfin fondre
Laisser à l'abandon tous les morceaux d'acier
Me contenant
Tout quitter de la résistance
Aux heurts
Aux mots étranges
Aux spasmes mentholés de la croyance
Oublier pour quelques siècles la dégradation du fangeux
Et tomber au sol de tes mains
Après tant de pas dans l'Atlas
Une petite place creusée par un soupir
Et je m'assois
Et je n'y pense plus
À ces raisons à découdre de mon dos quand je marche
À la si longue immobilité de cette envie
Rescapée et tiède
Cachée, continue, sous le flux continu des jours






Mars 2016 







Faille inverse









Par secousses, ma croûte continentale s'effondre
Je l'avais pourtant supportée
Longtemps supporté, imprévisible
L'écartement apparu des lithosphères
Où gît celui-là
J'abandonne l'idée d'un parcours sans ébranlement
Il demeure 
Que j'en veuille ou non
Le manteau inférieur de mes rêves
Frôlant mes rides océanique
Du souvenir indéfendable de ses points chauds
S'entrechoquent
Sous la pression de sa silice
S'émiettent les plaques
Sédimentée au cœur de mes modifications de structures
Contre lesquelles je ne peux rien
Il est pesant
Présent, omnipotent sur mon asthénosphère 
Je crois l'avoir engouffré 
Mais il ressort aux pôles
Magnétisant mes séismes
 Déformant toujours autant mes alluvions

 












Mars 2016






Inoubliable










 
Qu'il soit donné d'effacer jusqu'aux points les plus lointains
 Ceux qui marquent encore l'espace
De leur strie brune 
Effacer
Effacer
Faire disparaître dans les angles du temps
Les traces de ce qui m'encercle
Chaque journée trace son chiffre
Comme un dû impossible à acquitter 
La mémoire infaillible ratifie l'engagement
J'essaie
J'essaie
Immole l'oubli à l'autel des heures
Que j'orne de pétales arrachés à la dernière des marguerites
Guette une glissade, enfin,  dans l'imparfait à étancher
L'ouverture reste indéfinie
Je le sais
Alors une fois encore
Je ferme mes yeux humides
Sur l'impossible











Février 2016