La marque











J'avais presque oublié la marque
Une plume fichée dans la cornée
Et son ombre sur l'endroit
J'avais oublié la tâche
Le saint érythème
Que chacun voit à ma place
Quand je crois encore qu'il soupire
Le mystère des filiations
Visible comme une ancre
Dont il s'éloigne
Avant de vouloir lui créer un nom
S'endort
Quand je badine 
Une fois de plus prête au rebond
Et aux atours
Et aux tourmentes
Au lent trépassement des jours
J'avais oublié la rature
J'avais presque oublié le défaut
La tare invisible de l'oracle
L'écran qui me cache au rêve
L'indécidable de la racine
Et le stigmate
Que je croyais pourtant
Avoir abolis dans la bière
Et les chansons
Dans la fièvre des lits
Et des voyages
Dans les savoirs secrets qui désquament










Février 2018



















Pareille aux mêmes







Chaque peau bien close
Réduite à sa propre consistance
L'autre n'arrive en moi que par les narines
Pendant qu'il tisse sans faillir les matières de sa présence
Lançant dans les airs ses appels
Adressant par à-coups ses définitions
Aux ombres des siens
Je balance d'un  étrange à l'autre
Assaillie par ses bruits et par la mêmeté
Recroqueviller quelque part au fond de soi
L'absence d'issue
La brutalité saillant sous la contiguïté
Cette impossible familiarité de l'espèce




Un jour de l'an passé








Des lèvres qui se taisent













Plus placide, la mémoire
Et plus usée aussi
De tant d'oubli, des trucs
Des idées, des odeurs
Des trucs
Des bouches qui propulsent avant
Dans les rides creusées par leur sourire
La mémoire, la mémoire
Un pieu dans le sol 
Et le temps tourne
Plus personne
Plus personne
Des idées, des bruits
Des trucs
Des bribes de frottement
Des crissements
Une présence
Encore
Et moi dedans
Balbutiant aux chants télescopiques
Aux ruines
Guettant le pli des indifférences
En cours
Rien ne s'oublie
Rien ne s'oublie
Une amnésie à l'envers
Et la ligne à suivre pour l'accepter
J'aurai appris l'ampleur
 L'ingratitude sans fond de la mémoire
Déchirée dans l'air et ramassée autour
Autour, guettant
L'instant toujours intact
L'instant surgissant intact
Parfait, parfait 
Et ce qu'on croit en dire
Quand les soubresauts sont raidis par l'usage








Mars 2017






Culture






Je n'ai pas donné à mes sols leur temps de repos
Pas abondé dans la jachère
J'ai labouré
J'ai labouré
Aux interférences
Je n'ai pas laissé leur part de vie secrète
Il n'y a pas eu de renouvellement  des éléments
Pas de travail discret des créatures
La faune acénique a due être déportée
Je n'entends plus son murmure
Je n'entends plus rien

Que le souffle de mon zèle
J'ai labouré
J'ai labouré
Retourné de l'aube au crépuscule mon lopin de fiasco
La nuit veillant
Penchée sur l'éclat des lunes au fond des sillons
C'est un terrain pentu
La fausse route
La terre y est à nu sous les pluies diluviennes
Elle dégorge
Ses entrailles presque palpables sous l'érosion
L'humus s'est décomposé
J'ai perdu jusqu'à l'idée d'ensemencer
Quand les pluies disparaissent
La terre en quelques heures
Se dessèche sous les soleils musqués
Elle craque sous mes doigts
J'ai labouré en fendant sans répit les flancs de cette glèbe
Toujours identique
Sans rien planter, rien épandre, rien attendre
Dormant peu
Attentive à la marche des instruments aratoires
Qui pourraient me décapiter
Je vois. Je vois 
Que rien ne pousse
Que ce travail de bœuf est vain
Il y manque la main de la semeuse
Sa foi inépuisable en  la persistance

 



 
Mai 2016







 

 

Ma pénurie








Laisser le front chuter
Là où il aurait pu être amorti par ton souffle
Me dissiper
Enfin fondre
Laisser à l'abandon tous les morceaux d'acier
Me contenant
Tout quitter de la résistance
Aux heurts
Aux mots étranges
Aux spasmes mentholés de la croyance
Oublier pour quelques siècles la dégradation du fangeux
Et tomber au sol de tes mains
Après tant de pas dans l'Atlas
Une petite place creusée par un soupir
Et je m'assois
Et je n'y pense plus
À ces raisons à découdre de mon dos quand je marche
À la si longue immobilité de cette envie
Rescapée et tiède
Cachée, continue, sous le flux continu des jours






Mars 2016 







Faille inverse









Par secousses, ma croûte continentale s'effondre
Je l'avais pourtant supportée
Longtemps supporté, imprévisible
L'écartement apparu des lithosphères
Où gît celui-là
J'abandonne l'idée d'un parcours sans ébranlement
Il demeure 
Que j'en veuille ou non
Le manteau inférieur de mes rêves
Frôlant mes rides océaniques
Du souvenir indéfendable de ses points chauds
S'entrechoquent
Sous la pression de sa silice
S'émiettent les plaques
Sédimentée au cœur de mes modifications de structures
Contre lesquelles je ne peux rien
Il est pesant
Présent, omnipotent sur mon asthénosphère
Je crois l'avoir engouffré
Mais il ressort aux pôles 
Magnétisant mes séismes
Déformant toujours autant mes alluvions

 











Mars 2016